Le Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) a tenu son premier Dialogue consultatif sur la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA) le jeudi 9 avril 2026, à Abidjan, en Côte d’Ivoire. L’objectif est de parvenir à l’adoption du Consensus d’Abidjan comme acte fondateur de la mise en œuvre de la NAFA à grande échelle et à son appropriation institutionnelle par l’ensemble de l’écosystème financier africain.

Après son adoption par la Conférence des Chefs d’État et de gouvernements de l’Union africaine (UA) le 15 février 2026, à Addis-Abeba, en Éthiopie, le Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) ne veut plus perdre du temps dans le processus d’opérationnalisation de la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA). C’est dans cette dynamique que sous la houlette de son Président, Dr Sidi Ould Tah, la BAD a convié, le jeudi 9 avril 2026, à Abidjan en Côte d’Ivoire, le gotha du système financier africain à un Dialogue consultatif sur ce qui devrait constituer désormais le nouveau référentiel du continent en matière de financement de son développement.

Il est donc temps de changer le fusil d’épaule, car, jusque-là, le remède proposé pour le financement du continent depuis plus de six décennies s’avère inefficace. « Le constat est désormais largement partagé : le paradigme actuel du financement du développement de l’Afrique a montré non seulement des limites objectives mais aussi des signes d’essoufflement, a martelé Dr Sidi Ould Tah, à l’ouverture des travaux de cette rencontre de haut niveau. Tout en mettant le curseur sur le paradoxe caractéristique d’une Afrique riche en capital humain, financier et naturel, mais qui peine à mobiliser les ressources dont elle a besoin pour le financement de son développement.

Pour preuve, avec un déficit structurel de financement estimé à plus de 400 milliards de dollars par an, l’Afrique dispose pourtant d’environ 4 000 milliards de dollars d’épargne à moyen et long terme, a-t-il fait remarquer. La contrainte est donc ailleurs et non dans le manque du capital.  « Notre problème de financement est surtout structurel : il s’agit de fragmentation institutionnelle, de mauvaise allocation du risque, de faible effet de levier des bilans, et de coordination insuffisante entre capitaux publics et privés », a été on ne peut plus clair le Président de la BAD.

Parvenir à adopter le Consensus d’Abidjan

Ce dialogue consultatif devrait donc permettre de trouver des réponses idoines à ces contraintes structurelles, à travers une réorganisation du système financier africain. Selon Dr Ould Tah, la NAFA s’articule autour de quatre principes opérationnels. D’abord la subsidiarité, consistant à déployer le capital au niveau institutionnel le plus efficace à l’échelon national, régional ou continental. Ensuite, la complémentarité, devant permettre d’aligner les mandats pour que capitaux de développement publics et privés se renforcent mutuellement. Le troisième principe est la coordination ; il devrait amener à abandonner les modèles fragmentaires et isolés de financements pour des plateformes intégrées et des dispositifs reproductibles. Enfin, le principe de transformation du risque, visant à rediriger le risque vers ceux les mieux équipés à le gérer, à l’effet de réduire structurellement le coût du capital.

Les échanges organisés autour des laboratoires thématiques portent sur trois piliers essentiels. Ce sont : l’architecture du système, qui couvre les infrastructures de marché, l’architecture du risque et la gouvernance institutionnelle ; la mobilisation du capital portant sur l’épargne domestique, l’approfondissement des marchés et l’interface avec les marchés financiers mondiaux ; le déploiement du capital, qui est dédié à la préparation de projets, au financement des PME, et à l’infrastructure de l’écosystème financier.  

L’objectif de ce dialogue est de parvenir à adopter le Consensus d’Abidjan, acte fondateur de la mise en œuvre de la Nouvelle architecture financière africaine à grande échelle, mais aussi de procéder à l’appropriation institutionnelle de la NAFA par l’ensemble de l’écosystème financier africain, ainsi que de lui garantir la légitimité nécessaire à une mise en œuvre à grande échelle, a poursuivi le Président Sidi Ould Tah.

Passer de la réflexion à l’action concrète

La haute sphère de la finance devrait parvenir à un accord sur deux éléments clés : l’adoption de la première génération d’instruments prévue par la NAFA, y compris la garantie d’atténuation des risques, les opportunités de co-financement et les mécanismes de renforcement des fonds propres aux institutions africaines de financement du développement ; et la mise en place d’une architecture de coordination NAFA, devant définir les dispositions institutionnelles nécessaires pour la pérenniser.

In fine, l’ambition est que ces délibérations offrent « les moyens de passer de la réflexion à l’action concrète dans la mise en œuvre de la NAFA et, plus généralement, des Quatre Points cardinaux », et de faire d’Abidjan, le point de départ d’« une nouvelle ère d’espérance pour le financement du développement de l’Afrique ».  Pour le Premier ministre ivoirien, Robert Beugré Mambé, représentant le Président de la République, Alassane Ouattara, la nécessité pour l’Afrique de se doter de mécanismes et d’instruments financiers innovants n'a jamais été aussi aiguë que dans le contexte mondial actuel, marqué par la multiplication des crises, l'augmentation du coût du capital et les contraintes croissantes pesant sur les finances publiques de nombreux pays en développement.

Pour lui, la transformation de l’architecture financière repose sur : le renforcement du rôle des banques de développement, le développement d’instrument financiers innovants (obligations vertes, financements mixtes, garanties de risques,  fonds d’investissements…), la mobilisation accrue des ressources domestiques à travers le développement des marchés financiers africains et le renforcement des systèmes fiscaux nationaux, et la réforme de la gouvernance financière internationale pour une meilleure représentativité de l’Afrique dans les instances de décision économique mondiale et pour d’équité dans l’accès aux ressources globales.

La Rédaction

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