1. Le Chef économiste, Vice-Président à Bloomfield Intelligence : Dr Marius Achi « il va falloir donc mettre en place des structures africaines qui soient capables de pouvoir présenter les réalités d'Afrique ».

Dr Marius Achi, est Chef économiste, Vice-Président à Bloomfield Intelligence, un cabinet spécialisé en intelligence économique, filiale du Groupe Bloomfield Investment Corporation fondé par l’ivoirien Stanislas Zézé. Dans cette interview accordée à votre média en ligne, C’Finance, Dr Achi analyse la place et le rôle de l’intelligence économique comme outil indispensable dans la gouvernance des Etats, des entreprises, grandes ou petites, face à des environnements de plus en plus complexes et instables. Il lève également un coin de voile sur l’offre de services/conseils de Bloomfield Intelligence comme, entre autres, Bloomfield Private Index (indice de performance du secteur privé), la solution TIGRAN permettant aux banques de mesurer le potentiel de solvabilité des PME en quête de financements. 

 

C’Finance (C.F) : Bloomfield Intelligence est un cabinet spécialisé en intelligence économique. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce concept d’intelligence économique ?

Dr Marius Achi (M. A) : L'intelligence économique, sans rentrer dans les étymologies latines, est la capacité à pouvoir recueillir des données, les traiter et les transformer en langage économique. Prenons l’exemple du produit intérieur brut, le PIB réel d’un pays. De par son calcul, on peut obtenir le taux de croissance réel. Mais, ce taux de croissance réel est un chiffre qui ne dit rien si on ne l'interprète pas. L'intelligence économique va aller chercher toutes les informations rattachées à la conception et à la mise en forme de cet indicateur, et proposer ou indiquer le message économique qui est transmis à travers tous les chiffres que présente cet indicateur.

 

C. F : Quid des dimensions protection des données, influence de ce concept d’intelligence économique ?

M. A : Evidement, tout cela fait partie du concept. En réalité, quand on parle de mobilisation de l'information, c'est de la veille stratégique. On prend toutes sortes d'informations en lien avec éventuellement la variable ou l'élément qu'on veut vérifier. Si vous voulez faire de l'intelligence économique sur le niveau par exemple de pauvreté, la cherté de la vie, qui est un thème à forte résonance depuis quelques années en Afrique, vous allez dans un premier temps chercher tout ce qui a un rapport avec la cherté de la vie.  La veille suit donc l'ensemble des indicateurs ou l'ensemble des phénomènes qui peuvent venir approfondir ce niveau de pauvreté ou d'expérience de vie, qui est en lien avec cela. On va par exemple contrôler le niveau des prix des denrées alimentaires, la variation des prix du carburant, qui semble être un élément qui pourrait expliquer éventuellement la cherté de la vie. 

Autant de recherches qui sont faites autour d'un phénomène donné nous permettra d'arriver à pouvoir donner une explication claire et précise sur un phénomène donné. La particularité de l'intelligence économique au sein de Bloomfield Intelligence, est que nous contextualisons toutes ces informations que nous recueillons. Par exemple, en Afrique, le premier élément qui pourrait expliquer l'inflation est ce qu'on appelle l'inflation importée. Comme nos pays ont une prédominance à l'importation, une dépendance forte de l'extérieur, les prix qui viennent de là-bas, nous les subissons ici. C'est pour cela qu'on parle d'inflation importée. Mais, cette inflation importée est relative en fonction du contexte de chaque pays, qui essaie de développer des leviers internes permettant d'amortir un tant soit peu cette inflation importée. Notre particularité, est de dire oui, l'inflation peut être importée, mais en réalité, il y a des éléments ou des leviers qui sont développés dans les pays en interne qui favoriseraient éventuellement tel phénomène ou un autre. Nous ne développons pas l'intelligence économique, comme ce qui se fait de façon commune, mais nous essayons autant que faire se peut de rendre un peu plus sectoriel, plus actualisé, plus précise l'explication d’un évènement par rapport à l'environnement qui est analysé.

L'intelligence économique part donc de la veille, du recueil d'informations. Ensuite, quand vous finissez de recueillir votre information, vous avez une autre boîte qui permet de pouvoir analyser l'ensemble des informations. On ne va pas prendre toutes les informations qu'on trouve, mais celles en lien avec des phénomènes qu'on veut étudier. A la fin de toute cette analyse-là, on a la troisième phase :  l'information essentielle qu'il faut retenir de l'ensemble des éléments qui sont analysés. D'où le principe d'implication des politiques économiques qui vont influencer éventuellement soit le pays, soit les concurrents, soit les marchés, etc. Et c'est là donc que tout le challenge est révélé, à partir de l'analyse qui est faite en amont.

 

Le Cabinet spécialisé en intelligence économique, Bloomfield Intelligence, offre diverses solutions aux entreprises, parmi lesquelles sa solution TIGRAN qui permet aux banques de maîtriser à un certain niveau le risque de solvabilité rattaché éventuellement aux PME.

 

C. F : Qu'est-ce qui a motivé la création de ce cabinet Bloomfield Intelligence, spécialisé en intelligence économique ?

M. A : Bloomfield Intelligence de genèse était un département de Bloomfield Investment Corporation qui s'occupe principalement de la notation financière. On était donc un département support à cette entité de notation financière. Depuis janvier 2025, nous avons pris notre autonomie, en devenant une entreprise à part entière. Juridiquement, nous sommes rattachés à Bloomfield Rating, comme filiale du groupe Bloomfield Investment Corporation. Je dirais que trois choses sont essentiellement à l’origine de Bloomfield Intelligence. Le leadership du Président Directeur général (ndlr : Stanislas Zézé) a impulsé de nouvelles valeurs au département où nous étions, en ce sens qu'on devrait être capable d'aller au-delà de tout ce qui était fait quand nous étions un département d'analyse économique et financière.  Nous étions donc plus dans la production d'éléments d'analyse sans avoir peut-être derrière la forte conception de tout ce qui est comme analyse.

Aujourd'hui, sur le marché, il y a un besoin d’avoir des structures qui soient plus en amont en termes de traitement des données et des phénomènes pour aboutir ou parvenir à une phase un peu plus décisionnelle. C'est le premier élément de motivation. Le deuxième élément de motivation est la mutation du marché. Aujourd'hui, on parle de plus en plus d'intelligence économique car, elle est un peu plus réaliste, plus proche des phénomènes que nous étudions. Et le monde allant très vite avec les nouvelles technologies qui existent, il faut vraiment être au parfum des informations, mais sauf que toutes les informations qui se distillent sont des informations présentées par les médias internationaux, etc. 

Il va falloir donc mettre en place des structures africaines qui soient capables de pouvoir présenter les réalités d'Afrique. D’où l’intérêt de pouvoir partir du principe d'un cabinet d'intelligence économique pour mettre tout cela en musique. Et puis le troisième aspect est purement juridique, fonctionnel. On avait une limitation de nos activités du fait de notre proximité avec le département rating qui porte l'activité principale. Du coup, on avait des conflits d'intérêts, pas de façon visible, mais que l’on anticipait pour pouvoir développer certains points de nos activités. Pour régler ces trois objectifs en un, le choix était de porter le département en une entité juridiquement détachée de Bloomfield Rating.

 

C. F : Nous sommes dans un monde de plus en plus complexe, en constante mutation. Dans un tel environnement un l'intelligence économique s'avère-t-il être un outil essentiel de gouvernance de nos états, des entreprises ?

M. A : Aujourd'hui une information aux Etats-Unis, qu'elle soit prise de façon simple, peut avoir des conséquences sur l'Afrique d'ici deux semaines. L'intelligence économique se positionne donc comme l'élément ou l'outil le plus important aujourd'hui en termes de traitement de toutes les informations pour être à l'affût des engagements qui sont pris par n'importe quelle entité. Vous êtes une entreprise qui évolue dans un secteur d'activité donné, une décision aussi simple qu'elle soit, qu'elle soit prise en interne ou à l'extrême, aura forcément un impact sur un secteur d'activité et par effet de boule de neige, de connexion, vous serez impactés à des horizons qui peuvent évoluer en fonction de votre proximité. L'intelligence économique est aujourd'hui l'outil le plus indispensable face aux mutations. Il n'y a qu’elle qui permettra d'être connecté à l'ensemble des informations, d'analyser ces informations et de pouvoir prévenir tous les acteurs qui interviennent éventuellement sur un marché donné, de savoir l'influence de tel type d'informations sur leurs activités.

 

C. F : A vous entendre, l’importance de l’intelligence économique n'est plus à démontrer. Mais est-ce que sur le terrain, les Etats, les entreprises africaines intègrent-ils cette approche-là dans leur gouvernance de tous les jours ?

M. A : Tout changement nécessite du temps. Aujourd'hui, on ne peut plus s'en passer éventuellement de la digitalisation, de l'économie numérique. La progression de ce phénomène ou de cette innovation impose aux Etats ou à toute entreprise d'aller vers ces outils-là. C'est tout doucement, mais on apprécie déjà le comportement des acteurs de tout type du marché économique. Pourquoi on le dit ? Parce qu'aujourd'hui, il y a pas mal de structures publiques ou privées qui ne se passent pas de l'approche, à travers par exemple des analyses sectorielles. Certes, l'engouement n'est pas encore total, mais on sent un respect et une compréhension assez profonde de l'intérêt de l'intelligence économique. Nous espérons que l'Afrique ne devrait pas rester en marge de cet outil, mais que tout doucement, elle va éventuellement rentrer dans les mœurs, les habitudes et on pourra pratiquer l'intelligence économique dans toutes ses formes.

 

C. F : Certains soutiennent que l’intelligence économique n’est pas faite pour les PME mais qu’elle est un outil réservé aux grandes entreprises ou aux États ...

 

M. A : Tous les acteurs économiques sont concernés par l’intelligence économique. Dès lors que vous existez, vous avez besoin d'intelligence économique. Comme je l'ai dit, une information à Singapour, même si vous n'y avez aucun client, aucun fournisseur là-bas peut vous toucher. On a donc besoin éventuellement d'avoir cet outil-là auprès de soi, surtout pour les entreprises, les PME. Quand vous êtes une PME, vous exercez dans une activité, mais vous n'êtes pas spécialiste ou leader de l'activité, car il y a des gros morceaux dans l'activité. Et lorsque vous êtes très petit, c'est bien d'avoir une large vue de l'évolution du marché. Cela vous donne plus d'appréhension du risque et vous conforte éventuellement dans toutes vos démarches, dans toutes vos stratégies que vous pouvez développer à des horizons, court, moyen ou long terme.

 

C. F : Concrètement, qu'est-ce que le Cabinet Bloomfield Intelligence offre comme services aux clients ou à ceux qui le sollicitent ?

M. A : Nous offrons trois types de services. Le premier service, c'est la maîtrise du risque à travers ce appelle des rapports sectoriels et des rapports pays. Ces deux types de rapports font l'objet aujourd'hui de conférences risques pays pour ce qui est du rapport pays et puis de table-rondes pour le risque sectoriel, pendant lesquelles nous invitons ce qu'on appelle les stakeholders très proches du secteur et des stakeholders secondaires. Et vous avez le ministre du secteur qui vient discuter de l'ensemble des comportements éventuellement de son secteur d'activité. C'est un exercice extrêmement important qui permet d'interagir à la fois avec le pouvoir public et le secteur privé.

La deuxième offre de service est que nous fournissons des outils pour pouvoir anticiper les phénomènes qui peuvent éventuellement arriver dans votre secteur d'activité. Et on a un outil qu'on appelle Bloomfield Private Index qui est un indice de performance du secteur privé, qui permet mensuellement de pouvoir vous donner des indices, des indicateurs sur comment le marché privé se développe dans n'importe quel secteur d'activité. Vous pouvez voir quel est le secteur qui est plus en plein développement ou performant d'un mois à un autre. Et quand vous avez une longue série sur cet indice-là, cela vous permet de dire qu’entre les mois de janvier et février ou mars, c'est mieux d'investir par exemple en BTP ou ailleurs. C'est un outil très puissant qui vous met à votre disposition tout ce qui est comme forme d'investissements.

Nous proposons aussi une solution de risque de contrepartie, parfois rencontré par les banques. Aujourd'hui, les banques n'arrivent pas à prêter massivement aux PME parce que, dit-on, les PME ne sont pas dans une solvabilité assez avérée. Aujourd'hui, nous avons construit un outil qui permet aux banques de maîtriser à un certain niveau le risque rattaché éventuellement à ce type de clients. Il s’agit de notre solution TIGRAN qui est une plateforme d'intelligence artificielle sur des données assez importantes, permettant de vous dire le niveau de risque que porte l'entité qui demande le crédit. Et enfin, le troisième élément, ce sont les outils de conseil. Aujourd'hui, notre Président-Directeur Général porte à 80% cet exercice-là. Il s’agit de rencontrer les Etats et les entreprises, leur expliquer ce qu'il y a lieu de faire pour le développement de leurs activités.

 

C. F : Quelles sont les conditions d'accès à vos offres de services ? Sont-elles à la portée de toutes les bourses ?

M. A : Absolument ! Comme la plateforme est très large en termes de possibilités, en fonction de ce que vous voulez, on peut segmenter vos besoins et puis vous donner une partie de la solution qui a été produite. Sinon, nos offres sont à la portée de tous. C'est pour cela qu'on l'a construit, sinon on ne se serait pas sacrifié pour le faire !  

 

C. F : Malgré l’importance de l'intelligence économique, sous nos tropiques, on assiste à une culture assez faible relativement à sa pratique. Qu'est-ce qu'il faut faire pour une meilleure promotion de ce précieux outil d’aide à la décision auprès de tous les acteurs, les Etats et les entreprises qu’est l’intelligence économique ?

M. A : Ce qu'il faut, c’est de la pédagogie. L'intelligence économique est quelque chose de connue et qui, peut-être, mal comprise à l'époque. Mais aujourd'hui, les gens commencent à comprendre.  Vous les journalistes ont un rôle à jouer dans cette pédagogie, en relayant ce type d'informations auprès de vos lecteurs. Ce qui va leur permettre de comprendre, d’avoir un certain niveau de connaissance sur l’intelligence économique, de la pratiquer. Cela va permettre de construire une certaine communauté. Et cette communauté, dès qu'elle grossit, elle aura de la résonance.

Aujourd’hui, on parle par exemple de fake news. Mais, c'est l'intelligence économique qui permet de régler cette problématique. Si vous avez des cabinets d'intelligence économique, auxquels vous faites confiance, ces cabinets vont vous donner de la bonne information. Comme vous le savez, en Afrique, l'un de nos problèmes, c'est la disponibilité des données. Chaque structure essaie donc de garder ses informations sans pour autant donner aux autres. Mais en réalité, si vous êtes dans un marché concurrentiel, que toutes les informations sont disponibles, il n'y a plus de concurrence. Aujourd'hui, l'outil qui permet éventuellement de dissiper tout cela est l'intelligence économique. Nous anticipons les risques, et permettons de présenter les degrés de risque que peut comporter un secteur d'activité pour vous donner un peu plus d'appréhension.

Nous espérons qu’à travers par vos canaux, l'intelligence économique soit comprise, et que sa   pratique soit vulgarisée en Afrique, et plus proche de la réalité africaine. C'est de cela que nous avons besoin. Nous n'avons plus besoin que des cabinets à des milliers de kilomètres nous donne des conseils stratégiques importés. Nous n'en voulons plus. Nous voulons quelque chose de très factuelle qui permet de prendre des décisions proches de la population, et qui va servir réellement. L’autre avantage de l 'intelligence économique, est qu’il vous rassure tellement de votre présent, que vous arrivez à vous projeter sur dix ans, vingt ans. La plupart des programmes de développement en Afrique s’étendent sur des périodes de cinq ans. Mais on ne peut pas construire un développement d'un pays avec des plans quinquennaux. Aujourd'hui, dans les pays comme le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Burkina commencent à comprendre, à établir des plans de développement sur une longue durée, de sorte à ce qu'on les recoupe en quinquennats, pour faire en juste des schémas de progressions.  

Interview réalisée par la Rédaction de C’Finance

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