La Chambre de Commerce d’Industrie (CCI-BF) a organisé une table ronde sur la vulgarisation de l’information économique et le financement des projets miniers et énergétiques, le mardi 27 janvier 2026, à Ouagadougou. Les différentes communications développées pendant la journée ont mis en avant les opportunités d’investissement dans ces secteurs, ainsi que les conditions d’accès aux sources de financement. En plus d’être un cadre d’information et de sensibilisation, ce premier rendez-vous du genre a servi de levier de réseautage entre investisseurs, professionnels des mines et de l’énergie, entrepreneurs et experts financiers.
La Chambre de commerce, d’industrie et d’artisanat du Burkina Faso (CCI-BF) est résolument engagée pour transformer le potentiel minier et énergétique du Burkina Faso en moteur de croissance durable pour le pays. Et dans cette optique, l’accès à l’information économique est un levier stratégique, d’où l’organisation d’une table ronde axée sur le financement des projets miniers et énergétiques des investisseurs locaux, le mardi 27 janvier 2026, à Ouagadougou.
En l’espace d’une demi-journée, des professionnels et entrepreneurs miniers et énergétiques, ainsi que des experts financiers ont exposé, à l’intention de plus de 400 participants aux panels, sur les sources de financement alternatif adapté et partagé leurs expériences dans le domaine.
Si des opportunités d’investissement existent véritablement dans le secteur extractif et de l’énergie, l’accès au financement est très souvent présenté comme un goulot d’étranglement. Mais tout repose sur la vision stratégique et la connaissance surtout des étapes clés et le respect des exigences de conformité, dira l’expert miner Dofinta Bondé dans sa présentation introductive aux deux panels. Car, souligne-t-il, le cycle de vie d’un projet minier pose un défi temporel et financier.
« Un projet minier ne commence pas par l'extraction, mais par une phase d'exploration longue et coûteuse », précise-t-il. La phase de recherche peut durer de 5 à 20 ans. Selon l’expert minier qui cumule plus de 30 ans d’expérience dans le domaine, le coût d'entrée d’un projet minier se chiffre à des centaines de milliards F CFA.
« Pour une mine d'or industrielle de grande taille, l'investissement pour la construction peut atteindre entre 350 et 400 millions de dollars (environ 240 milliards de FCFA) », indique-t-il. Et les difficultés d’accès au financement se situent principalement à l’étape de l’exploration. « C'est le principal "goulot d’étranglement. À ce stade, les banques classiques interviennent rarement, car le risque de ne rien trouver est jugé trop élevé », a-t-il confié.
Le financement participatif pour mitiger le risque
Face à ces contraintes, de nouveaux modèles de financement émergents peuvent être envisagés pour soutenir l'investissement national. C’est l’exemple du financement participatif et coopératif développé par la Société coopérative avec Conseil d’administration (SCOOP-CA) Burkina Mine. Selon son directeur, Abdou-Razack Kaboré, le modèle de la société coopérative permet de démocratiser l'investissement en mobilisant des capitaux auprès de plusieurs acteurs aux profils diversifiés pour financer des projets miniers de petite et moyenne échelle, nécessitant entre 3 et 5 milliards de FCFA. Ce modèle réduit le risque individuel et favorise l'appropriation locale.
La bourse constitue aussi une source alternative de financement de projets miniers. De l’avis de Marcellin Yoni, représentant l’antenne nationale burkinabè de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), les investisseurs miniers peuvent avoir accès à des instruments financiers adaptés via trois compartiments : les emprunts souverains des Etats, les emprunts obligataires lancés par les institutions régionales et les entreprises et la levée de fonds sur le marché des actions à travers l’introduction en bourse.
M Yoni souligne que des produits spécifiques tels que les obligations vertes et sociales peuvent être particulièrement intéressantes pour des investissements miniers et énergétiques, vu leurs implications environnementales et sociales. Seulement, l’intervention en bourse nécessite le respect de certaines exigences telles que la libération d’une partie du capital social (20% au moins) au grand public.
Autre source alternative de financement, ce sont les Fonds d'investissement, très peu sollicités en Afrique, de l’avis de l’ingénieur financier, Clément Combari. En se basant sur un rapport de la banque africaine de développement en 2024, il déplore que « les 54 pays d’Afrique ne lèvent pas plus de 2% des fonds levés dans le monde ».
Mais l’accès au financement des Fonds d’investissement passe par la qualité de la gouvernance et la structuration de l’entreprise, insiste-t-il. En guise de recommandation, l’ingénieur financier appelle les promoteurs à s'entourer de conseillers financiers dès la phase de structuration de leur projet, d’adopter des standards de reporting transparents pour rassurer les bailleurs internationaux et de miser sur la fédération d'entreprises pour atteindre une taille critique éligible aux grands Fonds.
Vista et Coris présentes sur la chaine de valeurs
Bien que s’intéressant aux sources de financement alternatif, le panel a permis à deux institutions bancaires, Vista Bank et Coris Bank, de présenter les segments sur lesquels elles interviennent dans le financement de projets miniers et énergétiques, ainsi que les critères qu’elles priorisent. Vista Bank a participé activement dans le rachat de la multinationale énergétique AGREEKO par la société FILMORE SA du burkinabè Mamady Sanoh.
Selon la représentante de Vista Bank en charge du secteur corporate régional, Jessica Bleu-Laine, cette banque accompagne principalement les entreprises de la chaine de valeur, incluant notamment la logistique et le transport, essentiels au fonctionnement des mines.
En tant que banque commerciale, son intervention se situe principalement au stade où les projets génèrent déjà des revenus, donc des flux financiers, car la banque gère avant tout les dépôts de ses clients et a une obligation réglementaire et morale de sécuriser ces fonds, justifie-t-elle.
Pour Jessica Bleu-Laine, l'analyse d'un dossier de financement repose sur l'atténuation de trois risques majeurs : le risque d'exécution, la banque doit s'assurer que l'entreprise a réellement la capacité technique et opérationnelle de répondre aux exigences du contrat obtenu ; le risque de revenu pour lequel le banquier examine l'historique de la société, les délais de paiement et la clarté des clauses pour structurer le financement de manière optimale ; et le risque lié au cadre juridique et fiscal, c’est-à-dire, la gouvernance de l'entreprise et sa compréhension de l'environnement fiscal et réglementaire dans lequel elle évolue.
Quant à la banque Coris Bank International, sa directeur clientèle entreprise, Kouakou Bazongo, assure que le groupe bancaire est présent depuis une dizaine d’années sur divers projets miniers et qu’une enveloppe de 100 milliards de FCFA est mise sur la table pour accompagner les acteurs de la chaîne de valeur minière sur la période 2026-2027.
Retours d’expériences d’investisseurs locaux
A la suite de ces développements sur l’investissement minier, le panel n°2 a été consacré au retour d'expériences d’investisseurs nationaux. La plupart des pionniers témoignent d'un démarrage sans soutien bancaire initial. Selon le représentant du groupe Neere Mining, Poko Tapsoba, les promoteurs ont dû mobiliser leurs propres ressources pour l'acquisition de la mine de Youga avant d'obtenir la confiance des financiers une fois les preuves de viabilité faites.
De même, le rachat des actifs d'AGREEKO par FILMORE a nécessité un apport personnel important (1/3 du financement) complété par un partenaire bancaire, selon le président de l’entreprise, Mamady Sanoh. Les investisseurs soulignent plusieurs défis critiques dans l’exécution d’un projet de grande envergure : les compétences techniques, les équipements de pointe, la sécurité juridique et dans le domaine minier, la certification des ressources ; sans oublier que dans les mines, l'expertise géologique doit être certifiée pour que le projet soit bancable.
Au terme de ce rendez-vous enrichi des expériences variées d’experts et entrepreneurs, le président de la délégation consulaire de la CCI-BF, Achille Roland Sow a exprimé sa satisfaction, avant de donner rendez-vous pour un prochain cadre d’échange.
Mouni N’GOLO






