Sortie du Burkina de la liste des pays à haut risque : « sur le plan économique, cette décision améliore l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers », dixit Azaviel Noha Kevin Somda, spécialiste en conformité
En décembre 2025, l’Union européenne (UE) a annoncé la sortie du Burkina Faso de sa liste des pays à haut risque en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, ainsi que de cinq autres pays africains à savoir le Mali, le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Mozambique et la Tanzanie. Pour en savoir davantage, C’Finance s’est entretenu avec Azaviel Noha Kevin Somda, juriste en droit des affaires de formation, et spécialiste en conformité et gestion des risques opérationnels. Il occupe actuellement le poste de Risk & Compliance Officer du Burkina Faso au sein d’une Fintech Internationale. M. Somda a un parcours au niveau national dans différents segments du secteur financier, notamment la Banque, la Mésofinance et la Fintech, où il avait pour rôle de sécuriser la croissance des organisations en structurant les dispositifs de conformité et de gestion des risques adaptés à des environnements réglementaires exigeants et en constante évolution. Dans cette interview, il revient, entre autres, sur la portée et les implications de cette décision de l’UE.
C’Finance (C.F) : L’Union européenne (UE) a retiré le Burkina Faso de sa liste des pays à haut risque en matière blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour le pays ?
Azaviel Noha Kevin Somda (A.N.K.S) : Concrètement, cela signifie que le Burkina Faso n’est plus considéré comme présentant des défaillances stratégiques majeures dans son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
De façon simple, les institutions financières Européennes ne sont plus tenues d’appliquer des mesures de vigilance renforcées systématiques sur les opérations en provenance du Burkina Faso. Cela se traduit par des transactions internationales plus fluides, des délais de traitement réduits et des coûts de conformité moins élevés pour les banques, les entreprises et indirectement, les citoyens;
C.F : Quels sont les principaux avantages de cette décision pour le Burkina Faso ?
A.N.K.S : Les bénéfices sont concrets :
● Sur le plan institutionnel, le Burkina Faso gagne en crédibilité et en confiance auprès de ses partenaires internationaux ;
● Sur le plan économique, cette décision améliore l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers et facilite l’accès aux financements internationaux ;
● Pour le secteur financier et les entreprises, les relations bancaires avec l’Europe deviennent moins contraignantes.
C.F : Pourquoi l’Union européenne a-t-elle pris cette décision ?
A.N.K.S: L’Union européenne s’appuie principalement sur les conclusions du Groupe d’Action Financière (GAFI), qui est l’autorité internationale de référence en matière de LBC/FT. Le Burkina Faso a démontré qu’il avait corrigé les principales faiblesses identifiées lors de son évaluation mutuelle dont le rapport date de Mai 2025 : renforcement du cadre juridique, amélioration de la supervision, montée en compétence des acteurs et meilleure efficacité des mécanismes de contrôle.Autrement dit, le pays n’a pas seulement adopté des textes, mais a aussi montré une capacité réelle à les mettre en œuvre, ce qui est un critère clé dans l’approche du GAFI.
C.F : Quand on parle de renforcement de la surveillance du secteur bancaire, de quoi s’agit-il exactement ?
A.N.K.S : Il s’agit d’un renforcement à la fois préventif et opérationnel.
Concrètement, cela implique :
● une meilleure connaissance des clients ;
● une surveillance accrue des transactions basée sur une approche par les risques ;
● des contrôles et inspections plus réguliers des institutions financières ;
● l’application effective de sanctions dissuasives en cas de manquement.
L’objectif n’est pas de freiner l’activité économique, mais de détecter plus tôt les risques, de protéger l’intégrité du système financier et d’éviter qu’il ne soit détourné à des fins illicites.
C.F : Cette sortie de la liste est-elle définitive ?
A.N.K.S : Cette sortie n’est pas définitive. La lutte contre le blanchiment de capitaux est un processus continu, car les risques et les méthodes des réseaux criminels évoluent constamment. Le Burkina Faso devra donc maintenir ses efforts en actualisant régulièrement son cadre réglementaire, renforçant les capacités des acteurs financiers et poursuivant la coopération avec les partenaires internationaux.
C.F : Qui est responsable du maintien du pays hors de cette liste ?
A.N.K.S : La responsabilité est collective :
-L’État définit le cadre légal et assure la supervision.
-Les banques et institutions financières doivent appliquer rigoureusement les obligations de conformité ;
-Les entreprises doivent adopter des pratiques transparentes ;
-Les citoyens ont également un rôle à jouer en privilégiant les circuits financiers formels ;
La solidité du dispositif repose sur la coordination de l’ensemble de l’écosystème financier.
C.F : Quels sont les pays africains concernés par cette décision de l’Union européenne ?
A.N.K.S : Plusieurs pays africains ont récemment été retirés de la liste, notamment le Burkina Faso, le Mali, le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Mozambique et la Tanzanie.
À l’inverse, certains pays comme le Cameroun ou la République démocratique du Congo figurent toujours sur cette liste, ce qui montre que les dynamiques de conformité sont distinctes selon les États.
C.F : Que perd un pays lorsqu’il reste sur cette liste ?
A.N.K.S : Un pays qui demeure sur cette liste est perçu comme structurellement risqué.
Cela entraîne des relations bancaires plus complexes, des coûts de transaction plus élevés, et in fine, un potentiel frein au développement économique. Sortir de cette liste constitue une étape majeure, mais y rester durablement en dehors représente un enjeu stratégique à long terme. Cette réussite découle directement des efforts soutenus menés par le Burkina Faso pour sortir de la liste grise du GAFI.
Interview réalisée par la
Rédaction de C’Finance






