5e Journée de l’inclusion financière : les acteurs à la recherche de meilleurs instruments financiers pour le secteur agricole
Les Associations professionnelles des Banques et Etablissements Financiers du Burkina (APBEF-B), des Sociétés d’Assurance du Burkina (APSAB) et des Systèmes Financiers Décentralisés du Burkina Faso (AP/SFD-BF), ont tenu leur 5e Journée de l’inclusion financière le mardi 4 novembre 2025, à Ouagadougou. Cette édition, placé sous le parrainage du ministre de l’Economie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo, a porté sur le thème : « Quels mécanismes de financement pour favoriser l’accès des acteurs du secteur agricole aux services financiers ?».
Les institutions financières burkinabè veulent s’attaquer au principal défi auquel fait face le secteur agricole, à savoir l’accès au financement. En effet, considéré comme un secteur risqué du fait de sa faible organisation et professionnalisation, mais aussi des nombreux aléas qui l’entourent, l’agriculture burkinabè a un faible accès au crédit. C’est dans l’optique de poser le diagnostic et de briser les contraintes qui freinent le financement optimal de ce secteur clé que l’Association professionnelle des Banques et Etablissements Financiers du Burkina (APBEF-B), l’Association Professionnelle des Sociétés d’Assurance du Burkina (APSAB) et l’Association Professionnelle des Systèmes Financiers Décentralisés du Burkina Faso (AP/SFD-BF) ont décidé de consacrer la 5e édition de leur Journée de l’inclusion financière (JIF) à cette problématique, à travers le thème : « Quels mécanismes de financement pour favoriser l’accès des acteurs du secteur agricole aux services financiers ?».
Pour la Vice-Présidente de l’APBEF-B, Rasmata Djibo, par ailleurs Directrice Générale de UBA Burkina, et représentant le Président Diakarya Ouattara, le choix d’axer les réflexions de cette 5e journée sur le financement de ce secteur clé du développement socioéconomique du pays des Hommes intègres découle d’un constat : le contraste saisissant entre le poids de l’agriculture dans l’économie nationale et la part de financement que reçoit ce secteur.
« En effet, ce secteur si important est la principale source d'emploi, d'alimentation et de revenus des ménages agricoles de notre cher Burkina Faso. Ainsi, 63% de la population active, 74% de l'ensemble des ménages et 85% de la population rurale sont engagés dans le secteur agricole. L'alimentation des populations burkinabè repose aux deux tiers sur les céréales, principalement le sorgho, le mil, le maïs. Les revenus des ménages agricoles sont issus de la commercialisation des cultures vivrières et de rente notamment », a-t-elle souligné. Et malgré ce poids, le financement du secteur reste encore faible. « Ainsi, on note que pour l'année 2024, le secteur agricole a bénéficié seulement de 2% des encours de crédits », a-t-elle déploré.
Un intérêt particulier pour l’inclusion financière
Pourtant de nombreuses études ont démontré que le financement du secteur a un impact positif et significatif sur la productivité agricole. Et c’est pour cette raison que plusieurs initiatives ont été développées pour faciliter l’accès du monde agricole aux produits financiers. Il s’agit, entre autres, du warrantage, du financement des chaines de valeur agricole, des sociétés de cautionnement mutuel, du système d’approvisionnement durable des intrants, des politiques et structures mises en place par l’Etat, a énuméré Mme Djibo cité. Si l’implémentation de certains projets a enregistré des résultats probants, d’autres par contre ont connu des fortunes diverses.
En instituant les JIF depuis 2019, les institutions financières membres de l’APBEF-B, de l’APSAB, et de l’AP/SFD-BF veulent jouer leur partition pour d'inclusion financière des populations. Et l’organisation de cette 5e Journée autour des panels sur l’état des lieux des mécanismes de financement existants, les expériences des différentes institutions et sur les mécanismes de financement appropriés à l’inclusion financière des acteurs agricoles devraient permettre de dégager une thérapie à cette problématique du financement de l’agriculture, à travers des recommandations réalistes et adaptées, a-t-elle souligné.
« Les journées de l'inclusion financière constituent le reflet de notre modeste contribution à l'atteinte des objectifs d'inclusion financière au Burkina Faso, dans un contexte de multiples défis. C'est la raison pour laquelle nos trois associations y attachent un intérêt particulier. (…) J'aimerais saisir cette occasion pour inviter et encourager toutes les institutions présentes à renforcer la collaboration, pour qu'ensemble, nos actions aient une forte résonance à même de contribuer à l'atteinte des objectifs d'inclusion financière », a confié la Vice-Présidente de l’APBEF-B.
Avec 12% de financement accordé au monde agricole en 2024, les JIF sont une tribune pour les institutions de microfinance de réaffirmer la place qu’elles accordent à l’agriculture, et ce, aux côtés des autres parties prenantes, a indiqué le Président de l’AP/SFD-BF, Seydou Soungalo Yaméogo,
L’assurance, un moyen de résilience
« En tant qu’institutions de microfinance, c'est l'occasion d'exprimer notre engagement à accompagner le monde rural, mais aussi à enforcer la collaboration avec les banques, les assurances, l'Etat, les fintechs et les partenaires techniques pour accroître nos actions dans le financement du monde rural et soutenir les actions du gouvernement pour la mise en œuvre de l'offensive agro-pastorale », a-t-il indiqué.
Le secteur des assurances a également réaffirmé son engagement à accompagner le monde agricole avec des produits assurantiels adaptées, a laissé entendre le Directeur exécutif de l’APSAB, Paré Patrick Ghilat. « Depuis ces cinq dernières années, nous avons proposé des solutions assurancielles pour nos agriculteurs. Dans le cadre de l'offensive agro-pastorale, nous avons élaboré plusieurs produits avec la Direction générale de la promotion de l’Economie rurale pour accompagner les acteurs agricoles, et cela a permis de sécuriser des milliers de producteurs ; tout récemment, nous avons procédé à l'indemnisation des producteurs. C'est ensemble avec les autres acteurs du secteur financiers que nous allons apporter un soutien encore plus considérable à nos producteurs pour booster l'économie rurale au Burkina Faso », a-t-il souligné. Pour lui, avec la crise climatique, l’assurance agricole constitue une alternative pour la résilience du monde agricole. « Aujourd'hui, le changement climatique, est un vécu et il faut anticiper. Avec le gouvernement, et l'appui des partenaires techniques et financiers, nous allons, ensemble, trouver des solutions assurantielles pour faire face à ce risque émergent qui est devant nous », a rassuré M. Ghilat.
Parrain de cette 5e JIF, le ministre l’Econome et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo, a été représenté par son conseiller technique, Seydou Diallo qui a salué pertinence de centrer les échanges sur la problématique du financement du monde rural.
« Rapprocher la finance du réel »
« Chaque nation avance à la mesure de sa capacité à donner à ses fils et filles les moyens de bâtir leur avenir. Et lorsqu’il s’agit du Burkina Faso, cette force prend racine dans la terre, dans les champs, dans le travail patient de celles et ceux qui nourrissent le pays. C’est à eux, à cette énergie silencieuse mais essentielle, que la Journée de l’Inclusion Financière rend hommage. Au-delà d’un événement, cette journée est une démarche : celle de rapprocher la finance du réel, d’en faire un outil de justice et de croissance partagée », a souligné M. Diallo à l’entame de son discours d’ouverture.
Pour lui, le choix du thème de cette année est l’expression de la volonté commune de tous les acteurs financiers de replacer l’agriculture au cœur du développement, et qui épouse parfaitement la vision nationale d’un accès équitable et adapté aux services financiers modernes, a-t-il soutenu. Et il ne pouvant en être autrement au regard des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. « Notre pays, profondément agricole, tire près de 30 % de son PIB de la terre et emploie plus de 63 % de sa population active. Pourtant, à peine 6 % des crédits bancaires et moins de 12 % des financements des systèmes financiers décentralisés irriguent ce secteur vital. Le cœur de notre économie reste celui qui reçoit le moins de souffle financier », a-t-il relevé. À ces contraintes structurelles, a-t-il poursuivi, s’ajoutent les chocs climatiques, sécuritaires et logistiques qui fragilisent les producteurs et limitent leurs capacités à investir, innover et se projeter dans la durée.
Faire germer des solutions réalistes et durables
Et selon le représentant du ministre, face à ces défis, plus un mécanisme technique, l’inclusion financière constitue un outil d’émancipation, un levier de transformation, car elle permet d’ouvrir les portes de la dignité économique à travers l’accès à l’épargne, au crédit, à l’assurance, à la formation et, surtout, à la confiance en l’avenir. Mieux, selon le Rapport Global Findex 2023 de la Banque mondiale, chaque point de progression de l’inclusion financière peut entraîner une hausse de 0,5 point du PIB par habitant dans les pays en développement, a-t-il fait savoir.
« Ce n’est donc pas un luxe, mais une condition du progrès partagé. Quand la finance rejoint les sillons de la terre, c’est toute l’économie nationale qui se régénère. Un pays où les producteurs peuvent investir, s’assurer contre les aléas et accéder au crédit devient un pays plus stable, plus prospère, plus résilient », a insisté Seydou Diallo. C’est pourquoi, a-t-il souligné, la Stratégie Nationale d’Inclusion Financière, portée avec vigueur par l’Agence Nationale de Promotion de la Finance Inclusive (ANPFI), traduit cette ambition de faire du Burkina Faso un modèle d’intégration financière rurale, où banques, microfinances, assurances et fintechs conjuguent leurs efforts pour rapprocher la finance de ceux qui en ont le plus besoin.
Pour M. Diallo, l’inclusion financière ne peut se décréter, elle se construit dans la confiance, la transparence et la synergie. Et pour qu’elle ne soit pas un simple concept à la mode, il a formulé le vœu que ces échanges de cette journée fassent germer des solutions réalistes et durables, enracinées dans nos réalités.
La Rédaction






