Le Conseil d’administration du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un prêt de 200 millions de dollars en faveur du Nigéria pour financer la deuxième phase du Programme national de croissance agricole – Agro-Pocket (NAGS-AP). La décision, annoncée le vendredi 13 février 2026, par l’institution, vise à intensifier les investissements agricoles prioritaires afin de stimuler la productivité, renforcer les chaînes de valeur et accélérer la transition vers une agriculture intelligente face au climat et fondée sur les données.
Face à une facture alimentaire croissante et à une pression persistante sur les importations de céréales, le Nigéria renforce son offensive agricole avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD). En effet, l’institution financière du continent a approuvé un prêt de 200 millions de dollars à ce pays. Ce financement s’inscrit dans la continuité d’un précédent appui budgétaire sectoriel accordé dans le cadre du Mécanisme africain d’urgence pour la production alimentaire et contribue directement à la mise en œuvre de cinq axes de la Politique nationale pour la technologie et l’innovation agricoles (PNITA) du gouvernement fédéral nigérian.
Cinq leviers stratégiques pour structurer le secteur
Le programme cible notamment :
- l’amélioration de l’accès à des intrants agricoles de haute qualité ;
- le renforcement des chaînes de valeur des cultures prioritaires ;
- la revitalisation des services de vulgarisation ;
- la promotion d’une agriculture numérique et climato-intelligente ;
- et la modernisation de la gestion des données agricoles.
L’objectif opérationnel est d’accroître la production et la productivité des cultures vivrières grâce à l’adoption de semences à haut rendement et résistantes aux chocs climatiques, ainsi qu’à des engrais adaptés aux environnements locaux. Le projet prévoit également l’élargissement de l’assurance récolte afin de limiter les pertes liées aux aléas climatiques.
À terme, les autorités nigérianes ambitionnent de quintupler la production nationale de blé et d’augmenter celle du riz de 20 %, dans une logique de réduction des importations alimentaires et de consolidation de l’autosuffisance alimentaire.
650 000 petits exploitants bénéficiaires
La première phase du NAGS-AP avait permis la mise en place d’un système numérique de distribution d’intrants via plus de 600 agro-distributeurs à travers le pays. Elle a soutenu la mise en culture de 118 000 hectares de blé durant la saison sèche 2023/2024, triplant la production nationale pour atteindre environ 0,5 million de tonnes en 2024.
Au total, 650 000 petits exploitants cultivant du blé, du riz, du manioc, du maïs, du sorgho et du millet ont bénéficié de cet appui.
Ces performances interviennent dans un contexte où l’agriculture représente 38 % de la population active nigériane et contribue à 25,2 % du produit intérieur brut (PIB), malgré des contraintes structurelles persistantes : accès limité aux intrants de qualité, faibles niveaux d’irrigation, systèmes fonciers peu performants et vulnérabilité accrue aux effets du changement climatique.
Renforcer l’inclusion des jeunes et des femmes La deuxième phase du projet sera mise en œuvre sur une période de quatre ans à compter de mars 2026. Elle entend renforcer l’inclusion des jeunes et des femmes dans les chaînes de valeur agricoles, en cohérence avec la vision stratégique des « Quatre Points Cardinaux » du président du Groupe de la BAD, Dr Sidi Ould Tah.
Pour le directeur général de la Banque africaine de développement pour le Nigéria, Dr Abdul Kamara, « cette deuxième phase s’appuie sur les enseignements de la première pour amplifier l’impact du programme, en élargissant l’accès aux intrants de qualité, aux outils numériques et aux technologies climato-intelligentes ».
Au-delà de l’appui financier, l’enjeu pour Abuja reste structurel : transformer un secteur à fort potentiel en véritable moteur de croissance inclusive, tout en réduisant la dépendance alimentaire extérieure dans un contexte de pressions inflationnistes et budgétaires persistantes.
Estelle KONKOBO






